vendredi 26 décembre 2008

gazette 52. Le cadeau de Noël de France 2 à Tapie

La gazette d'@rrêt sur images, n°52

A tort ou à raison, les conditions dans lesquelles Tapie s'est vu reverser des millions d'argent public choquent beaucoup d'entre vous. Or, Tapie fait salle comble, en ce moment, à Paris. Il joue dans une comédie dans laquelle il règle ses comptes avec les parlementaires qui ont osé l'interroger sur cette étrange victoire judiciaire (nous suivons l'affaire depuis le début). Et France 2 ne trouve pas mieux que de diffuser cette pièce en direct, le 25 décembre au soir. Chantons Noël ! Rions ensemble des millions versés à l'affairiste. Rions des pauvres parlementaires qui cherchent la vérité à la lanterne. Devant ce sommet de berlusconisme, croit-on que quiconque s'émeuve ? Personne, ou presque. Pauvre service public. Nous l'avons beaucoup défendu, cette année. Mais parfois, on a envie de baisser les bras.

Ainsi se termine en fanfare une année qui ne nous a pas laissé souffler. Si vous en profitiez pour replonger dans nos meilleurs émissions et articles ? Je ne sais trop lesquels vous conseiller. Dans l'équipe, chacun a ses préférés. Notre "déco-réalisateur" François Rose (qui pour la première fois, cette semaine, passe devant la caméra pour détailler les contours insolites de son travail) a préféré l'émission Siné. Notre webmaster Thomas Scotto avoue un faible pour l'émission Rocard. Pour ma part, si je ne devais garder qu'un dossier de l'année, ce serait celui de la gigantesque intox sur les épiciers-terroristes corréziens d'ultra-gauche, saboteurs présumés de TGV. Aujourd'hui, tout le monde souligne les failles de l'enquête. Mais nous fûmes les seuls, au premier jour, à révéler comment la ministre de l'Intérieur avait donné le départ du TGV médiatique.

Quand s'abat le brouillard sur des médias sidérés, c'est alors que nous vous sommes le plus utiles. Vous le savez, et le manifestez: 7 500 d'entre vous se sont d'ores et déjà réabonnés, souvent en nous exprimant leur soutien, par quelques dizaines d'euros supplémentaires. Cette promptitude et ce soutien nous réconfortent, mais nous sommes encore loin du compte. Et si, pour 2009, vous preniez l'excellente résolution de vous abonner, enfin ? Depuis le temps que vous remettez la décision ! 2009 sera rude. Ce n'est pas le moment de se perdre de vue.

Daniel Schneidermann

vendredi 19 décembre 2008

gazette 51. Quand Delarue fait pleurer les pauvres

La gazette d'@rrêt sur images, n° 51

Appelons-le Jackie. Il est ouvrier chez Michelin. Il s'est inscrit sur le site "Copains d'avant". Un site où l'on peut retrouver ses copains de lycée, justement, et discuter tranquillement avec eux. Donc, il parle boulot. Et évoque Michelin (son employeur) en termes peu aimables. Mais cette conversation se retrouve...sur son CV en ligne, sur un site professionnel. Pourquoi ? Parce que « Copains d'avant » et le site professionnel appartiennent au même groupe, qui tient à rentabiliser ses précieuses « données ». Michelin découvre ainsi les injures dont il est l'objet. Et « Jackie » est licencié.

Je voudrais vraiment que vous lisiez l'histoire de Jackie, dont la mésaventure préfigure celles que beaucoup d'entre nous risquent de connaître, si l'on laisse les marchands de données brouiller les frontières entre expression publique et vie privée. Comme vous avez peut-être manqué notre article (nous produisons beaucoup), je vous en parle ici. Et nous en disons un mot dans notre émission de la semaine (ses meilleurs moments sont ici) :


Le dossier principal de cette émission est consacré à la soirée de France 2, au cours de laquelle Delarue a fait pleurer des pauvres pendant deux heures. Beaucoup d'entre vous ont jugé cette émission obscène. Pour réagir, nous avons invité deux responsables d'associations : Emmaüs, et le DAL. Ils sont également choqués. Mais un peu coincés : dans leur activité, ils ont besoin de la télévision. Comment s'élever, contre la puissance des Delarue et consorts ? Je leur ai glissé une idée. Vous voulez savoir laquelle ? Regardez donc l'émission. Et puisque les fêtes approchent, une suggestion originale : et si vous offriez un abonnement à @rrêt sur images ? Je suis sûr qu'au moins un de vos proches en serait très heureux. Rien de plus facile, c'est ici !

Daniel Schneidermann

vendredi 12 décembre 2008

gazette 50. Dati : quand la presse lynche...

La gazette d'@rrêt sur images, n° 50

Etonnant journalisme français ! A la fin d'une longue enquête, Le Point glisse incidemment que Rachida Dati détiendrait, à propos des marchés publics des Hauts de Seine, des informations qui pourraient lui permettre de faire chanter Sarkozy, au cas où ce dernier souhaiterait se débarrasser d'elle. On croit avoir mal lu. Mais non. Le Point ne précise pas ce que sait Dati. Ni ce qu'il sait lui-même. Insinuez, insinuez ! Le lendemain, les revues de presse radiophoniques glisseront pudiquement sur le sujet. Pour la suite, les citoyens sont priés d'attendre...le bon vouloir de Dati, ou des journalistes. Décidément, la disgrâce très annoncée de la ministre de la Justice promet d'être un festival de pathos et de manipulation, c'est pourquoi nous avons créé un dossier sur le sujet. D'ores et déjà, nous vous expliquons comment lynche la presse, armée de ses titres, de ses intertitres, de ses photos, de ses légendes, quand elle a décidé de lyncher.

Avez-vous vu, l'autre semaine, le magazine Envoyé Spécial à propos du réseau à la mode, Facebook ? Deal de drogue, pédophiles à l'affût: tous les poncifs sur "les dangers d'Internet" y étaient, une fois de plus, concentrés. Le reportage a fait réagir de jeunes adeptes de Facebook, sur leurs blogs. Nous en avons rendu compte. Et nous y consacrons notre émission de la semaine. Je vous recommande d'écouter David Abiker rappeler comment en 1920, on nous enjoignait déjà de nous méfier du téléphone, accusé de pousser à l'adultère. Ses meilleurs moments sont ici:


Et pour vous abonner, c'est là.

Daniel Schneidermann

vendredi 5 décembre 2008

gazette 49. Ultra-gauche, Filippis : Joffrin parle

La gazette d'@rrêt sur images, n° 49

En arrière, toute ! Après la libération de trois saboteurs présumés des TGV, nos chers confrères regrettent aujourd'hui d'avoir emboîté le pas un peu vite à la ministre Alliot-Marie, qui accusait bruyamment « l'ultra-gauche ». Cela vaut pour les télévisions, mais aussi pour les journaux, y compris classés à gauche, comme Libération. « L'ultra gauche déraille » titrait alors Libé, semblant condamner par avance les interpellés. Patron de Libé, Laurent Joffrin s'en défend cette semaine sur notre plateau. Je vous recommande son échange mouvementé avec Judith Bernard, qui tente de lui démontrer comment une savante mise en page peut faire dire à des articles...le contraire de ce qu'ils disent. Un grand moment (nécessaire) de pédagogie : à @si, nous nous méfions depuis le début de cette enquête trop bien ficelée.

Evidemment, nous profitons de la présence de Joffrin pour ouvrir aussi le dossier Vittorio de Filippis, cet ancien directeur de Libé qui a fait la Une une partie de la semaine, après avoir été brutalement interpellé par la police. L'affaire Filippis menace-t-elle la presse ? Ou bien est-ce par réflexe purement corporatiste, que les journaux l'ont couverte davantage, et bien plus vite, que les autres brutalités dont a été victime...une collégienne du Gers, lors d'un contrôle anti-drogue ? Enfin, suite (et fin ?) d'un mini-feuilleton qui a débuté la semaine dernière, sur notre plateau : Libé, en 2007, a-t-il censuré une enquête établissant que Sarkozy avait menti sur son patrimoine ? Ecoutez la réponse de Joffrin.

C'est tout ? Mais non !Toute la semaine, nous avons suivi en direct les débats de l'Assemblée sur la loi audiovisuelle. C'est ici. Et nos chroniqueurs se sont surpassés. Sebastien Bohler vous détaille comment nous projetons nos fantasmes sur les images. Anne-Sophie Jacques vous révèle les origines insoupçonnées du mot « tollé ». Et David Abiker, pourquoi les Grimaldi ne font plus rêver les lecteurs de Match. Un extrait de l'émission est ici:


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Daniel Schneidermann